samedi 19 juillet 2014

Les versions successives du premier tome de Barbarella, de Jean-Claude Forest (1962-1995)

Après mon post sur "Les mystères des différentes versions de Barbarella, de Jean-Claude Forest", j'ai voulu en savoir plus et je me suis procuré les différentes versions des deux premières aventures de Barbarella... Parlons aujourd'hui de la première, celle qui a lancé le mythe, notamment grâce au fait qu'elle a inspiré le film de Roger Vadim. On dénombre une bonne demi-douzaine de versions initiales.

1) La version initiale a été publiée en 8 épisodes dans V Magazine en 1962, pour un total de 64 pages. Version en bichromie. Je n'ai pas pu me procurer cette version car les numéros de V Magazine sont rares et relativement chers. À cette époque, Jean-Claude Forest menait de nombreuses activités de front (une bande quotidienne dans France Soir, quelques planches de Bicot, des illustrations pour Alfred Hitchock magazine et Bonjour Bonheur, des couvertures pour Le Rayon Fantastique, Le Livre de poche et Fiction. Il considèrera avec le recul que certains dessins de Barbarella n'étaient pas suffisamment réussis et en redessinera quelques-uns pour la parution en album.

Ci-dessous, deux versions de la case centrale de la page 23 : telle qu'elle a été publiée dans V Magazine en 1962 et telle qu'elle a été redessinée pour l'album en 1964.

2) Première publication en album, en 1964, au Terrain Vague. L'album passe de 64 à 68 planches. Cette version est également en bichromie ; chaque chapitre est colorié avec une couleur différente. Comme indiqué plus haut, certains dessins ont été redessinés par rapport à la version de V Magazine. Je n'ai pas acheté non plus cette version, qui se trouve facilement sur Internet, mais à des prix relativement élevés. En revanche, il est très facile de trouver sur la Toile des scans de l'intégrale d'une version en anglais, basée sur cet album initial. Après comparaison détaillée des différentes versions, c'est bien à celle-ci que va ma préférence...

3) En 1968, l'album est réédité chez Eric Losfeld Editeur, avec les photos du film en couverture (il y avait déjà eu une réédition en 1966 ; j'imagine qu'elle était identique à l'édition de 1964). Jean-Claude Forest continue à modifier son œuvre et il faut bien avouer qu'à partir de ce moment, cela ne vas pas améliorer l'album... Suite à des interdictions par la censure et à la sortie du film de Vadim, l'album est modifié : Barbarella n'apparaît plus nue : elle porte toujours au moins une culotte et un soutien-gorge. Le livre est toujours en bichromie.

4) En 1974, l'album est publié au Livre de poche, avec une nouvelle couverture (un simple dessin de Barbarella). Cet album est souvent appelé C'est elle !, à cause du phylactère qui apparaît sur le dessin de couverture (quel titre laid, surtout par rapport aux titres si bien trouvés des autres albums de Forest...). Les ajouts de 1968 sont supprimés. D'après ce que je sais, la bichromie disparaît et les cases sont remontées pour s'adapter au nouveau format.

5) En 1984, Dargaud édite le livre (dans la collection "Les héroïnes de la bande dessinée"), qui est lourdement modifié. Le visage de Barbarella est systématiquement modifié, pour lui donner les traits qu'elle a dans Le Semble Lune et Le Miroir aux tempêtes, parus dans l'intervalle. Son visage est donc plus dur : menton plus affirmé, ailes du nez plus marquées et chevelure plus touffue. Alors qu'elle changeait parfois de tenue dans la version initiale, elle conserve maintenant toujours la même combinaison spatiale. L'érotisme est accentué et elle prend des formes. D'autres personnages sont également modifiés, notamment quelques hommes dont la chevelure s'épaissit. Jean-Claude Forest charge en outre la plupart des dessins de hachure supplémentaires. La position de certains phylactères est modifiée. Enfin, l'album est colorié par Danie Dubos. Je dois avouer que je ne suis pas très séduit par ces couleurs : les nombreux dégradés et le choix des couleurs sont parfois étranges.

6) L'album est publié aux éditions J'ai Lu en 1988, à l'époque où les éditeurs, convaincus que les livres de poche constituent un vrai débouché pour les bandes dessinées, rééditent des centaines d'albums dans ce format pourtant si mal adapté (à cause du remontage des planches rendu nécessaire par la différence de taille des pages entre le format original et celui des éditions de poche...).

7) En 1995, les Humanoïdes Associés rééditent les deux premiers volumes en un seul livre. La dégradation de l’œuvre se poursuit : on repart de la version Dargaud, mais en supprimant les couleurs ; les dessins, conçus pour la bichromie y perdent beaucoup en clarté. En outre l'impression est de mauvaise qualité et les traits sont souvent trop nets. Résultat : les dessins souffrent d'un réel problème de lisibilité et le trait de Forest, si vif et alerte, n'est pas du tout respecté...

On note donc une dégradation dans les versions successives, légère en 1968, plus nette en 1984 et encore accentuée en 1995... Je ne peux m'empêcher de continuer à m'interroger sur la responsabilité de l'auteur dans ces dégradations. Un commentateur de mon post précédent m'écrivait qu'il était payé à la retouche. Serait-ce suffisant pour expliquer des ajouts maladroits ? Quoi qu'il en soit, pouvons-nous espérer maintenant une version restaurée à l'avenir ? L'idéal serait même un album avec la version de 1964 et des éléments de comparaison avec les autres versions...

(P.S. : Je dois encore noter que L'Art de Jean-Claude Forest, de Philippe Lefèvre-Vakana, est une source d'information et d'images précieuse...)

dimanche 22 juin 2014

Carnation, de Xavier Mussat (2014)

L'autobiographie en bande dessinée a connu un âge d'or pendant une dizaine d'années, du début des années 1990 aux débuts des années 2000. Depuis, à quelques notables exceptions près, une tendance que l'on pourrait qualifier rapidement de "blog BD" s'est imposée, se transformant rapidement en mode. Et la plupart des auteurs créant des œuvres autobiographiques riches et profondes ont, pour des raisons diverses, réduit leur production (Fabrice Neaud, Mattt Konture), sont passés à autre chose (David B, Dupuy et Berbérian), etc. J'en ai déjà parlé dans ce blog, je ne m'y étendrai pas davantage aujourd'hui.

Ce qui m'intéresse aujourd'hui, c'est le retour si longtemps espéré, au milieu du morne paysage actuel de l'autobiographie dans la bande dessinée francophone, d'un des acteurs phares de  l'âge d'or dont je parlais plus haut : Xavier Mussat, un des cofondateurs de la maison d'édition Ego comme X spécialisée dans l'autobiographie, un important contributeur de la revue éponyme et l'auteur d'une œuvre autobiographique magistrale, Sainte Famille, publiée en 2002, il y a déjà 12 ans.

Il revient cette année avec le superbe Carnation et, d'une certaine façon, il reprend les choses où il les avait laissées dans Sainte Famille. Dans cet album, il nous avait parlé de ses relations avec sa famille et des impacts qu'avait eu sur lui le divorce de ses parents. Dans Carnation, il traite d'un nouvel épisode de sa vie, qui a également été très difficile à vivre, sa relation compliquée et destructrice avec une jeune femme pendant plusieurs années. Il contine ainsi sa description approfondie de son développement psychologique et de l'histoire de ses relations avec ses proches. Je me sens obligé de citer ici une tarte à la crème de nombreux articles sur l'autobiographie : c'est souvent dans la description des événements les plus personnels et spécifiques de leur vie que les auteurs tendent le plus à l'universel (au contraire des auteurs de "blogs BD" qui, à trop vouloir se présenter sur papier comme des êtres "représentatifs" et gommant par là les spécificités et tous les aspects véritablement personnels de leur existence, arrivent seulement à donner une image très datée d'un milieu socio-culturel presque complètement identique d'un "blog BD" à l'autre, autour de "personnages" plus stéréotypés et caricaturaux que véritablement représentatifs de quoi que ce soit). Xavier Mussat prend son temps, tout au long des 250 pages de Carnation, pour développer son récit. Les prémisses de la relation amoureuse sont longuement décrites, ainsi que ses conséquences. Pour comprendre comment le narrateur est tombé et s'est retrouvé emprisonné dans une relation comme celle-ci, il est en effet important de relater également les faits antérieurs qui ont pu l'y conduire.

Ce qui marque globalement, c'est la relecture "au scalpel" de plusieurs années de sa vie qu'effectue Xavier Mussat. Il va probablement encore plus loin dans l'analyse sans concession que dans Sainte Famille. Il ne condamne pas, il ne juge pas ; il ne donne de toute façon pas suffisamment d'éléments sur les autres "personnages" pour que le lecteur puisse analyser froidement les caractères de ceux-ci. Son sujet d'analyse est lui-même : d'où il vient, comment il évolue au contact du monde et des autres, comment il s'enferre dans une situation longtemps sans issue, avant d'en sortir finalement au bout de quelques années.

Très peu d'auteurs sont allés aussi loin dans l'auto-analyse ; et ceux qui sont allés aussi loin l'ont fait différemment (Edmond Baudoin se cachant souvent derrière un filtre frictionnel plus ou moins transparent, Robert Crumb jouant la carte de l'humour et de l'auto-dérision, Fabrice Neaud replaçant davantage son récit au sein de la société qui l'entoure, Jean-Cristophe Menu introduisant davantage de distanciation, notamment en jouant avec ses multiples avatars, etc.).

Une telle innovation narrative s'accompagne ici d'une grande innovation formelle (mais les deux ne vont-elles pas toujours, ou presque, de pair ? N'est-il pas nécessaire d'inventer des formes nouvelles pour aborder des terrains narratifs nouveaux ?). Au niveau formel également, Carnation poursuit et approfondit la voie tracée dans Sainte Famille. Deux éléments me marquent particulièrement dans le style de Xavier Mussat : son style de dessin, inhabituel dans ce genre de récit, et l'importance des récitatifs.

Après avoir cherché son style pendant quelques années, comme le montrent ses récits publiés dans la revue ego comme x, où le dessin oscillaient entre réalisme et héritage de Jean-Claude Göttong, Xavier Mussat a finalement adopté un style qui mêle des éléments généralement considérés comme peu compatibles : un tracé des personnages dans une esthétiques "gros nez" souvent associée à la bande dessinée d'humour franco-belge traditionnelle, et des hachures, d'habitude plutôt associées à un dessin plus réalistes. Cette tension du dessin reflète parfaitement celle du récit, conciliant une stylisation et une schématisation rendues nécessaires par le fait de condenser en quelques pages plusieurs années d'une vie et l'analyse détaillée, "au scalpel", dont je parlai plus haut.

Je me méfie souvent de l'usage importants des récitatifs, en bande dessinée comme au cinéma. C'est souvent un palliatif pour des auteurs qui ne parviennent pas à tirer suffisamment parti des images et de la richesse narrative qui peut naître d'une interaction maîtrisée entre image et texte.

Comme je l'écrivais plus haut, Xavier Mussat va plus loin dans l'auto-analyse que la plupart de ses prédécesseurs et contemporains. Ses nombreux récitatifs relatent les événements, les analysent, les dissèquent... Mais s'il a tant besoin du texte, pourquoi n'écrit-il pas un roman? pourriez-vous me demander... Justement parce que son texte est enrichi par ses dessins, qui vont bien au-delà du rôle d'illustration redondante auxquelles ils sont trop souvent cantonnés. Ils offrent ici un contepoint constant aux analyses des récitatifs. Ils mettent en lumière les rêves et les angoisses du narrateur. Araignées et ruines participent ainsi à la sensation de vie détruite, au sentiment d'être pris au piège et dévore lentement... C'est probablement dans l'œuvre de Fabrice Neaud, les deux auteurs étant très proches, que l'ont peut retrouver un emploi relativement similaire des métaphores visuelles, ces métaphores pouvant être filées tout au long de l'ouvrage, offrant ainsi un tressage (au sens de "structuration additionnelle et remarquable, qui définit des séries à l'intérieur de la trame séquentielle", selon la définition de Thierry Groensteen) constant entre angoisses récurrentes exprimées par les récitatifs et force des symboles visuels.

Entre Sainte Famille et Carnation, il s'est passé 12 ans. Pendant ces 12 ans, il est paru extrêmement peu d'ouvrages aussi riches et innovants que ces deux-là.

samedi 24 mai 2014

Adieu au langage, de Jean-Luc Godard, prix du jury à Cannes

Le palmarès du festival de Cannes 2014 vient de tomber. J'étais assez curieux de voir si Adieu au langage, de Jean-Luc Godard, allait repartir avec un prix.

L'histoire de Godard et du festival est complexe, parfois même légendaire : de la signature du contrat avec Georges de Beauregard pour À bout de souffle sur un bout de nappe de restaurant lors du festival de Cannes 1959 à ses nombreuses conférences de presse à sensations, en passant par l'interruption du festival de Cannes 1968, en solidarité avec les manifestations étudiantes...

Au-delà de la légende, Cannes et Godard, c'est aussi l’histoire d'occasions manquées en ce qui concerne le palmarès. Aucun film de Godard n'a été sélectionné à Cannes pendant la première partie de sa carrière, celle qui va de À bout de souffle en 1960 à Week end en 1967, lorsque le cinéaste était à la pointe de la Nouvelle Vague. Lorsqu’il revient sur le devant de la scène médiatique en 1979, avec Sauve qui peut (la vie), on lui reprochera souvent de ne plus être à la hauteur de ses glorieuses années 1960. Sept de ses films furent néanmoins sélectionnés à Cannes, de Sauve qui peut (la vie) à Adieu au langage. Malgré cela, il ne reçut aucun prix. En revanche, il donna de nombreuses conférences qui firent sensation, loin des habitudes de cet exercice habituellement si convenu. En 2010, il ne se rendit pas à Cannes pour soutenir Film Socialisme. Il justifia son absence par "un problème de type grec"... je ne suis toujours pas sûr d'avoir compris ce qu'il voulait dire par là. Mais, de la part de Godard, ce n'est guère étonnant.

Cette année, il a finalement reçu un prix, mais cela ressemble fort à un prix de consolation. Ce n'est pas la Palme d'Or (attribuée à Winter Sleep de Nuri Bilge Ceylan), ni le Grand prix du jury (attribué à Les merveilles d'Alice Rohrwacher). Adieu au langage a reçu le Prix du jury, en même temps que Mommy de Xavier Dolan.

Ah, cette année, il y eut aussi une lettre adressée par Godard aux responsables du festival. Mais j'en reparlerai...

dimanche 18 mai 2014

Une chance pour le temps, journal 2007, de Renaud Camus (2010)

Lire le Journal de Renaud Camus est toujours un grand plaisir littéraire. Renaud Camus est un immense styliste, bien ancré dans la grande tradition française, qui va notamment de Saint-Simon à André Gide : clarté et précision de l'expression, équilibre de la phrase, choix attentif des mots (avec le recours régulier à quelques expressions étrangères, tirées de langues qu'il connaît et apprécie, l'italien et l'anglais essentiellement, lorsqu'il leur trouve une saveur particulière), ce qu'il faut d'humour, enfin, pour agrémenter l'ensemble.

Le style n'est pas tout. L'intérêt du Journal de Renaud Camus réside aussi beaucoup sur ses réflexions sur l'art et sur la société. C'est un homme de goût, qui sait très bien parler des œuvres qu'il apprécie, qu'il s'agisse de peintures (avec une affection particulièrement marquée pour certains peintres italiens et français du 17e siècle, ou des artistes contemporains, Marcheschi ou Cy Twombly notamment), d'oeuvres musicales (avec un penchant marqué pour la musique romantique et post-romantique) ou littéraires.

Sur la société, il a des opinions très marquées, souvent très intéressantes, malgré ce que je considère comme de nombreux excès. Pour résumer (au risque bien entendu d'être très réducteur), je dirais qu'il souhaiterait faire revenir l'ensemble de la société française dans le monde de la bourgeoisie de province des années 1950, dans lequel il a été élevé et tel qu'iĺ l'idéalise aujourd'hui. Renaud Camus ne supporte pas le monde d'aujourd'hui et rêverait de vivre isolé au milieu d'une campagne sans voisin, sans grande route, sans publicité, sans industrie, etc. Ce refus de s'adapter va parfois assez loin. Le cas des courriels est un exemple parlant. Il se trouve que l'habitude a fait que les formules de politesse dans les courriels ("Bonjour" pour débuter, "Cordialement" pour conclure) ne soient pas les mêmes que celles couramment admises pour les courriers papiers. Renaud Camus n'accepte pas cet état de fait et refuse même par principe de répondre à un courriel écrit de cette façon. Cela me fait revenir à Saint-Simon, que j'évoquais plus haut. Un des éléments les plus récurrents de ses superbes mémoires est son indignation outragée lorsque certaines traditions, notamment les règles de préséance liées à la noblesse et à la naissance, ne sont pas respectées à la lettre. Ces indignations pour des règles qui sont dépassées depuis plusieurs siècles semblent aujourd'hui bien ridicules à la lecture de l'œuvre de ce grand mémorialiste. La richesse du style et l'attachement à des normes de société au moins partiellement dépassées font que je ne peux m'empêcher de rapprocher ces deux auteurs. Dans les deux cas, je tire un très grand plaisir de lecture de leurs œuvres monumentales.

dimanche 11 mai 2014

Le livre de Léviathan, de Peter Blegvad (2000, 2013)

Le livre de Léviathan (2000, 2013 pour l'édition française à L'Apocalypse) ne ressemble à rien de ce que j'avais lu auparavant. Nonsense, jeux de mots, citations littéraires (saint Augustin, Hegel, Thomas Hobbes bien sûr (puisque son ouvrage le plus célèbre s'intitule Leviathan), Sigmund Freud et bien d'autres ), citations et collages graphiques (Le Cri de Munch à plusieurs reprises, Mandrake le magicien, Burne Hogarth, etc.), tout concourt à faire de cet ouvrage une fête pour les yeux et l'imagination.

Ce livre est une compilation de strips publiés dans le journal anglais The independent on Sunday. Ils relatent les aventures de Léviathan, un nourrisson dont le visage ne présenté aucun trait, son chat et son lapin en peluche. Léviathan découvre le monde, le langage, la culture, le rêve, les cauchemars, l'enfer et bien d'autres choses encore. On croise également régulièrement les parents de Léviathan, sa sœur aînée et l'auteur, représenté par une main.

Cette découverte du monde par un bébé ne peut bien sûr être soumise aux lois de la logique que les humains découvrent progressivement. La frontière entre rêve et réalité est poreuse. L'enfant, les animaux et les objets communiquent. Tables et chaises s'accouplent pour donner des objets hybrides. Un miroir, puisqu'il reflète toute chose à l'envers, transforme un jeune bébé masculin chauve en une vieille femme aux cheveux longs. Léviathan apprivoise le monde en lui donnant des noms à sa convenance. Il repousse sans cesse les limites de sa connaissance, avec une "logique" rarement partagée par les scientifiques adultes.

Le monde prélogique des enfants donne lieu à la création d'un univers qui se joue des contraintes, tant formelles, langagières, narratives ou graphiques. Les styles de dessin les plus divers coexistent ; le monde est renommé, réinventé.

Cet univers unique débouché sur une œuvre pleine de poésie ("À chaque fois que l'on me demande la preuve que littérature, art et poésie peuvent exister en bande dessinée, je cite Peter Blegvad" a dit Ben Katchor, un connaisseur en bande dessinée atypique). Le remise en question de toutes les évidences rationnelles traditionnelles incite également le lecteur à interroger sa vision "logique" du monde.

Bref, un vrai chef-d'œuvre d'humour et de poésie que je vous recommande chaudement.

dimanche 4 mai 2014

Entretien avec Fabrice Neaud à propos de ses photomontages

Comme je vous le disais dans mon post précédent, Fabrice Neaud réalise de nombreux photomontages (dont un grand nombre sont visibles sur la rubrique dédiée du site qui lui est consacré). Il m'a accordé un entretien à propos de ce pan de son travail (disponible également ici).

Sébastien Soleille : On vous connaît surtout comme auteur de bande dessinée. Depuis quand êtes-vous passionné de photographie et de photomontage ?

Fabrice Neaud : Depuis que j'ai acquis une caméra Sonny Handicam en 2003. Je l'ai toujours, du reste, mais elle est en fin de vie. Il faut que je trouve le moyen d'acquérir un objet maniable, qui aurait les mêmes performances, avec le même zoom optique de qualité mais plus de définition dans les images. Car, en fait, ces photomontages sont venus, au départ, du manque même de définition des photos que prenaient ma caméra... et aussi du simple fait que ces photos, initialement, n'étaient que de la documentation pour des images, des cases de mes bandes dessinées...

Je prenais des photos de lieux et, parfois, ils ne logeaient simplement pas dans l'objectif. Donc je faisais une ou deux photos supplémentaires pour faire un panoramique, et ainsi avoir de plus grandes images, avec un champ plus large, pour couvrir une plus vaste partie de ce que je voulais documenter.

Alors je faisais un photomontage grossier préliminaire sur Photoshop, afin d'avoir mon document utile à la case idoine... C'est ainsi que le document utilitaire a commencer à prendre son autonomie. Au fur et à mesure que je faisais mes montages sur Photoshop, j'y passais plus de temps, je soignais davantage le rendu... Au début (peut-être entre 2004 et 2006), je pense même avoir exclusivement fait de la photographie avec une large part dévolue à des photomontages futurs.

Mais on peut dire que c'est ainsi que ça a commencé: des panoramiques grossiers et simples en vue d'une documentation pour un dessin, puis, au fur et à mesure, plus de rigueur et plus de photographies pour une seule image finale...

Sébastien Soleille : On peut noter une évolution assez franche par rapport à cet objectif initial : d'une part, vos photomontages sont maintenant beaucoup plus soignés que ce que requiert un document servant de base à un dessin ; d'autre part, on peut noter un goût marqué, dans le choix de vos dessins, pour l'architecture, et en particulier l'architecture gothique. Comment expliquez-vous cette évolution ? Et d'où vous vient ce goût si prononcé pour le gothique ?

Fabrice Neaud :Oui, l'évolution est même un changement de paradigme: passer de l'utilitaire, du "par défaut", à la fin en soi.

J'ai fini par analyser mon goût pour le gothique par le processus même utilisé pour faire les photomontages en question.

En effet, le spectateur aura noté que tous les édifices religieux pris le sont selon deux principes: la frontalité stricte (avec un redressement même des verticales pour le replacer dans une perspective à un point) et la lumière (moins stricte) qui consiste, au moment des prises de vue, d'être à une heure la plus proche d'un axe perpendiculaire à la façade. Ceci afin d'éviter, autant que faire se peut, le plus possible la "profondeur" que marquerait artificiellement les ombres.

L'idée est ainsi d'aplatir au maximum la façade du bâtiment pour n'en faire ressortir que les motifs propres à l'écriture du gothique, le dessin. D'avoir quelque chose au plus près du dessin d'étude initial, du dessin original, du "plan" qui définit l'esthétique du bâtiment.

Bien entendu, ceci est l'approche la moins rigoureuse. Il est souvent difficile de se retrouver face au bâtiment en question avec le soleil pile en face. Ceci est cependant facilité (mais pas toujours) par l'orientation des édifices religieux, est-ouest (chevet à l'est, donc face au levant) et façade occidentale, face à l'ouest (au couchant). Ainsi mes photographies sont-elles prises souvent entre 17 et 19 ou 20h.

Mais ceci dépend également de la saison...

En effet, en hiver, le soleil se couche plus tôt, et plutôt vers le sud-oust. Donc il est quasi impossible d'avoir une lumière frontale sur une façade occidentale en hiver (je prends alors les transepts sud, le nord d'un bâtiment chrétien, église, cathédrale n'étant jamais éclairé par le soleil, quelle que soit la saison... sauf en été, par une lumière rasante...).

Alors qu'en été, évidemment, le soleil se couche plus tard, et plutôt vers le Nord-ouest. Donc il y a toujours un moment où la façade occidentale d'une église reçoit la lumière frontale du soleil.

L'idéal étant la lumière d'équinoxe, un peu en aval du printemps ou en amont de l'automne (comme ce fut le cas pour l'église Notre-Dame de Lissewege, par exemple), simplement parce que la lumière y est frontale pile au moment du coucher du soleil. Sans compter que les cieux d'équinoxe offrent souvent les plus belles lumières, avec des temps chargés, des cieux roulants, des orages qui ouvrent leurs nuages au moment du couchant, comme ce fut, là aussi le cas avec les prises de Lissewege et pour Bruges, où j'ai eu la chance d'avoir un orage très violent qui m'offrit le bonheur du double arc-en-ciel dans l'axe même de la nef...

Après, la lumière ne doit pas être trop dure, avec un ciel trop bleu. Même si une telle lumière sublime la pierre, elle a tendance à marquer violemment les ombres. Sans compter les bâtiments impossibles à prendre de face car trop près d'autres bâtiments qui, soit leur projettent leur ombre dessus (Bourges cumule ces deux handicaps) soit créent une anamorphose telle que le redressement des verticales devient grotesque (c'est le cas de la cathédrale de Strasbourg ou du clocher porche de l'église de Marennes).

C'est là que la rigueur absolue de mon process de départ touche à sa limite, bien entendu. Et je fais des exceptions à cette règle.

Pour Saint-Pierre de Sales de Marennes-Oléron, j'ai privilégié le transept sud. Mais comme son clocher est vraiment impressionnant, hé bien ai-je dérogé et l'ai pris d'un angle sud-ouest, lui-même très anamorphosé.

Même chose pour la cathédrale de Mechelen (Malines, Flandres), avec un angle lui nord-ouest). Le cas de Strasbourg est un peu différent et limite à sa manière. Il y a bien une rue qui lui fait strictement face, mais les bâtiments sont si rapprochés dans cette rue et l'édifice si haut qu'on ne peut appréhender la totalité de la façade qu'en étant très/trop près (à trente mètres, tout au plus, le bâtiment en faisant 142...).

Je l'ai donc prise à cette limite extrême et réalisé une vue frontale, impossible à appréhender dans la réalité, où l'octogone ajouré de la flèche est anamorphosé à l'extrême.

Mais c'est aussi là le charme et la raison du Gothique...

En effet, nous sommes à une époque qui précède l'invention de la perspective (à un point, deux points, trois points...), donc l'invention de la profondeur par une forme de géométrie plane ramenant la 3e dimension sur la 2e, indépendamment des artifices du sfumato italien (atténuation des contrastes dans le lointain) ou de la perspective cavalière et de la gestion du blanc propre à l'Asie.

Ainsi, il serait faux de prétendre que les gens du Moyen-Âge ne "voyaient" pas la profondeur, en tout cas, ils ne savaient pas la traduire telle qu'avec les outils de la perspective.

À cet égard, j'émets l'hypothèse que le dessin, l'écriture du gothique est une manifestation même de cette représentation sans complexe de la 3D non appréhendée. Et un éloge de la frontalité et de la planéité. Ceci coïncide avec la préoccupation tardive, moderne, de ramener la peinture à la 2D (début de l'abstraction au début du XXe siècle, cubisme...). Ainsi, la frontalité même de la représentation 2D du gothique, dernier soubresaut de cette représentation avant la perspective, coïncide-t-elle avec la planéité de la toile, de la feuille, de l'écran.

J'ose dire que le gothique, le dessin gothique, est une sorte d'aboutissement et de glorification de la 2D. Tout n'est qu'entrelacs, perpendiculaires, parallèles, angles à 45° au mieux et arabesques, pure écriture. Et ceci se traduit en architecture par une écriture et une conception des bâtiments en "tranches".

Il faut bien attendre la perspective en dessin, son invention et l'arrivée de la renaissance (qui n'est que la transition du gothique, appelé "tardif" vers le... baroque). pour que l'on envisage la 3D en tant que telle et ce qu'elle génère de fécondité nouvelle à envisager.

Mes photomontages sont ainsi, à la fois dans leur processus de départ, leurs modèles et motifs, autant que dans leur temps de construction sur Photoshop, du dessin, plus que de la photographie.

Sébastien Soleille : Vous cherchez d'une certaine manière à représenter des églises gothiques idéales (au sens des idées platoniciennes, réalités parfaites, indépendantes de la perception humaine).

D'ailleurs, en vous entendant rapprocher ces travaux du dessin, je ne peux m'empêcher d'aborder un autre sujet que vos photomontages (mais nous y reviendrons). En effet vos propos me font penser à un autre de vos travaux, à savoir la conception d'une cathédrale gothique parfaite, que l'on a pu entrevoir lors de l'exposition qui vous a été consacrée il y a quelques à l'occasion du festival d'Angoulême, ainsi que dans Nu Men. Le gothique représente-t-il pour vous un idéal artistique ?

Fabrice Neaud : Le mot "parfait" me gêne quelque peu, tout de même. Ce n'est pas exactement mon intention... Je ne prétends nulle part à la perfection ni même à "une" perfection. Le terme "idéal" est plus juste, évidemment... Mais, là aussi, sans aucune intention totalitaire d'imposer cet idéal à qui que ce soit. Abadie ou Viollet-Le-Duc avaient aussi des conceptions "idéales" du gothique... Et leur idéal (ou leurs idéaux) ne me conviennent pas. Or, eux, ont eu le pouvoir entre les mains d'imposer cette vision dans la chair même des bâtiments dont ils ont eu la charge. Je n'ai ni ce pouvoir (je ne suis pas architecte) ni l'ambition de ce pouvoir. Certes, s'il m'était donné, dans un monde "idéal", de pouvoir mener à bien mes expérimentations architecturales, je sauterais dessus... Mais, bien que je sois en-dessous du talent d'un Schuiten, par exemple (qui est architecte lui-même), ma, mes conceptions "idéales" de l'architecture et de l'architecture gothique restent bien dans le cadre du dessin, voire de la bande dessinée.

Je m'inscris ici sans aucun doute dans la tradition picturale romantique qui réinvestit le gothique de ses propres concepts et idéaux, forcément discutables (qu'est-ce qui ne l'est pas ?) mais néanmoins légitimes, dans une démarche plastique qui est le propre du travail d'un artiste ou d'un auteur (mon cas, le cas de Schuiten).

Ceci étant, pour revenir un moment à la photographie avant de répondre à la question du dessin, ma conception "idéale" des cathédrales photographiées restent moins celle des bâtiments (des objets, des modèles) que celle de leur perception.

L'angle de vue adopté (la frontalité), la lumière dont je parlais, le redressement des verticales pour rapprocher l'image photographique de l'étude ou du carton servant de modèle préliminaire à l'élévation de l'édifice, tout ceci montre davantage une conception "idéale" de la perception (donc du sujet observant) que de l'objet perçu (observé).

Ainsi, le processus de mes photomontages expose une vision. Ils parlent bien plus de MON angle de vue, de ma perception, de ma conception d'une certaine perception (théâtrale - le "point de vue du Prince", par exemple) que des objets eux-mêmes perçus, dessinés ou photographiés.

Ces photomontages seraient presque à rapprocher du photomaton, de la photo d'identité. Et c'est là que je rejoins le dessin. Car j'aime, dans la représentation même des gens, d'autrui, la même frontalité un peu froide, un peu policière ou médicale. C'est l'idée même de l'objectivité. Non pas comme prétention de donner l'objet dans sa vérité nue, unique, unilatérale et indiscutable (nous savons que celle-ci est impossible, inexistante, fictive et même non-souhaitable) mais comme l'épure même de la subjectivité de tout son pathos et toute attache émotionnelle, affective.

C'est un peu comme si j'arrivais à faire rentrer les cathédrales dans un photomaton pour dresser leur portrait "légal".

Mais, plus simplement, comme je le disais plus haut, je rapproche simplement l'image réelle du bâtiment de son dessin préliminaire, du carton dressé pour son étude finale.

En ceci, l'idée n'est pas de faire correspondre le bâtiment réel à son idéal (quoique, dans le cadre de Cologne, j'ai corrigé l'échafaudage disgracieux qui en défigurait un des angles de la tour nord... mais la symétrie du bâtiment lui-même m'a permis ce "copié-collé", et Cologne est elle-même une cathédrale conçue comme "idéale" par ses concepteurs initiaux...) mais de donner une perception "idéale" de sa réalité hic et nunc.

Pour revenir à Saint-Pierre d'Urstaadt, "ma" cathédrale "idéale", nous sommes bien dans la démarche inverse, du moins une démarche plus proche de celle de Viollet-le-Duc : donner une vision "idéale" d'un gothique fantasmé.

C'est aussi pour cela qu'elle intervient dans Nu-Men (et elle devait apparaître dans sa gloire au 3e tome...), mais précisément dans une autre dimension que la nôtre, une dimension plus proche du monde des idées platoniciennes, en effet, coincé quelque part entre le monde du rêve (de Sandman ou du Docteur d'Authority...) et celui des dimensions enroulées sur elle-même que nous proposent certaines théories scientifiques...

Sébastien Soleille : Vos photomontages ne concernent cependant pas uniquement des églises gothiques. Vous semblez beaucoup apprécier également le quartier de La Défense et en particulier la Grande Arche. Rien ne trouve grâce à vos yeux entre le gothique et l'architecture contemporaine ? Et au sein de celle-ci, que vous semblez apprécier et que vous dessinez avec brio (cf. Nu Men encore), pourquoi vous focalisez-vous ainsi sur ce quartier en particulier ?

Fabrice Neaud : Ah. Là, je crains de ne pouvoir vous répondre vraiment...

Il est vrai que j'aime le gothique (large, du premier gothique au gothique le plus tardif) et beaucoup l'architecture contemporaine (large également, puisque l'on peut reculer jusqu'aux fifties)...

Cela ne veut pas dire que je n'aime pas toute autre architecture... loin de là.

Il est vrai que, concernant l'architecture religieuse (chrétienne), j'ai du mal à aimer au-delà du gothique tardif. Les églises baroques, par exemple, me semblent toujours ressembler trop à des bibelots. Et les églises classiques m'intéressent peu. Ces histoires de "temples de la raison" ont fait perdre aux bâtiments religieux leur dimension mystique... mais ceci est un avis très personnels.

Je pourrais aimer l'antiquité mais, comme c'est l'essentiel de l'inspiration du classicisme, pour les mêmes raisons, j'ai un peu de mal avec l'architecture antique...

Mais, ne nous trompons pas, je parle de tout cela comme possible modèles photographiques, évidemment, entrant dans le processus que j'ai décrit. D'un point de vue strictement esthète, je pense que j'aime à peu près TOUT, tous les paysages urbains, tous les paysages.

J'ai quand même de nombreux photomontages de paysages de montagnes, même s'ils n'obéissent pas aux mêmes principes de "frontalité" (j'y cherche davantage la lumière, les contrastes de formes, de matières...).

On pourrait me reprocher de ne pas aimer le Roman. Ce qui est faux. J'ai quelques images d'édifices romans. Si je les affectionne moins, c'est pour les raisons évoquées : ils précèdent cette manifestation ultime de la planéité, dont le gothique me semble le dernier éclat (avant l'invention de la perspective).

Mais, surtout, vivant dans une région où le Roman est roi (sans jeux de mots avec un certain livre de Renaud Camus...), j'avoue que j'en ai pas mal "soupé".

Je baigne dans le Roman à longueur de journée. Et il existe une sorte de préciosité d'esthète qui consiste à trouver le Roman plus subtil que le gothique, plus "authentique", plus mystique... et de voir dans le gothique un art vulgaire, de propagande, un truc ampoulé d'ingénieurs (au mieux) où de petits tyrans ecclésiastiques. Un peu comme le conflit Wagner/Verdi, Beatles/Rolling Stone, Hergé/Franquin, Star Wars/Star Trek...

Musique symphonique vs. musique de chambre...

Pornographie/érotisme... Et comme je garde un esprit rebelle, je vais toujours à l'opposé de ce qu'on m'impose d'aimer pour des raisons que je trouve fallacieuses. C'est bien le geste d'ingénieur qui me touche dans le gothique (plus que la "propagande" ou l'assise d'un pouvoir délirant) et j'ai toujours eu une préférence pour ce qui est ultime, tardif, fin de... plutôt que primitif, originaire, principiel. J'aime ce qui est au bord de l'effondrement, post-, terminal, d'où mon amour pour la tragique cathédrale de Beauvais, par exemple, qui, bien qu'elle tienne vaillamment debout, est une cathédrale de l'échec, l'Icare de l'architecture gothique, écroulée deux fois, inachevée, trop grande, trop grosse...

Là aussi, ma réponse est moins rigoureuse, plus émotionnelle, affective, que mon dispositif esthétique. Mais bon, je n'en ai pas d'autres.

Sébastien Soleille : Et dans l'architecture moderne, pourquoi cet attrait pour le quartier de La Défense en particulier ?

Fabrice Neaud : Honnêtement, je n'ai pas l'impression d'être particulièrement attiré par la Défense plus qu'un autre quartier. Il se trouve que c'est celui que je fréquente le plus souvent quand je voyage (je vais régulièrement à Paris).

Inversement, j'ai été très attiré par le quartier des Confluences et le musée du même nom (en cours de finition) à Lyon. Je n'ai simplement pas fait de photomontage de ce lieu [après vérification, au moins un photomontage, disponible sur ce site, a été réalisé], plutôt des dessins, curieusement. Et, notamment, un très grand dessin, en me positionnant en dessous de la six voies, seul endroit qui me permettait d'être assis pour dessiner pendant de longues heures.

Il se trouve que j'aimerais bien connaître d'autres quartiers, lieux, avec des architectures contemporaines remarquables mais je n'ai pas eu trop l'occasion. De surcroît, j'ai toujours cru noter qu'il existait une iconographie existante sur l'architecture contemporaine curieusement plus nourrie que les églises que je prends en photo.

Taschen possède une collection "Architecture Now" qui est très large.

Cet entretien a été réalisé par messagerie électronique entre le 26 avril et le 1er mai 2014.

Les photomontages de Fabrice Neaud (2003-2014)

Fabrice Neaud n'est pas seulement un excellent dessinateur.

Depuis le début des années 2000 et l'achat d'une caméra vidéo, il s'est lancé dans la réalisation de photomontages, assemblant des dizaines de photographies, les retouchant, redressant les perspectives, etc. Il a ainsi construit une œuvre en parallèle de son œuvre dessinée, avec des méthodes et des thématiques parfois différentes, mais souvent en résonance.

Le site Internet consacré à Fabrice Neaud vient d'être mis à jour avec une nouvelle rubrique consacrée à ces photomontages. On y trouvera quatre pages regroupant de nombreux photomontages réalisés entre 2003 et 2014 et un entretien avec l'auteur à propos de ce pan de son travail, et notamment de son goût pour l’architecture gothique.