mercredi 19 avril 2017

De l'utilisation des réseaux sociaux pour partager ses travaux en coursavec ses lecteurs, l'exemple de Jean-Marc Rochette

Je ne vais pas disserter aujourd'hui in extenso sur les avantages et inconvénients des réseaux sociaux. Je souhaite juste mettre en avant un avantage de Facebook que j'apprécie particulièrement. Un certain nombre d'auteurs de bande dessinée s'en servent en effet pour partager l'avancée de leurs travaux avec les amateurs de leur œuvre : ils mettent en ligne des illustrations ou dédicaces, tiennent au courant de l'avancement de leurs albums, informent des dates de publication ou de la tenue d'événements publics, etc.

Dans les auteurs que j'apprécie, l'un d'entre eux s'est emparé tout particulièrement des potentialités de cet outil. Ainsi Jean-Marc Rochette, auteur notamment du Transperceneige, a régulièrement mis au courant tous ses contacts Facebook de l'avancement de son prochain album, Ailefroide. Ce livre s'y prêtait particulièrement : dans la mesure où il s'agit d'un récit autobiographique, ses principales péripéties sont partiellement connues, le risque de dévoiler au potentiel futur lecteur de l'œuvre achevée des éléments clés du déroulement de celle-ci est relativement peu important.

Nous avons donc pu suivre avec Jean-Marc Rochette l'ensemble du processus créatif de son album : écriture du synopsis détaillé avec le scénariste, Olivier Bocquet, études de personnages, crayonné des 280 planches, puis encrage de celles-ci. Bien sûr il ne les montrait pas toutes. Mais il en diffusait un échantillon suffisamment important pour distiller une bonne idée de l'œuvre finale, tout en donnant envie de découvrir ce qu'il n'en a pas encore montré. Ces interventions ne se limitent pas à nous offrir des "échantillons" en guise de "teasing" avant la publication de l'album. Il commente les différentes étapes ; il nous fait part de ses difficultés, ou au contraire des planches qui lui viennent plus facilement ; il explique certains de ses choix narratifs et esthétiques. En outre il n'hésite pas à discuter avec les personnes qui commentent ses publications, justifiant un choix, répondant à une question, apportant un éclairage complémentaire.

Bien sûr, il n'est pas le seul à agir ainsi. Fabrice Neaud, par exemple, partage de temps en temps quelques dessins issus de son futur album, Cendres (sur un scénario de Christophe Bec). Le fait qu'il s'agisse d'une fiction, avec la nécessité d'en préserver le suspense, limite cependant les possibilités d'en dévoiler trop d'éléments.

Jean-Christophe Menu nous fait également parfois partager des extraits des récits qu'il publie dans différents supports. Edmond Baudoin a longtemps partagé de très nombreuses illustrations, davantage sous l'impulsion de son humeur du moment que pour faire partager son avancée sur ses albums. En tout cas, merci à eux tous de nous faire partager un peu de leur intimité créatrice !

mardi 31 janvier 2017

Cosey, Grand Prix de la ville d'Angoulême 2017

Le festival d'Angoulême vient de s'achever. Contrairement à l'année dernier, il n'y eut pas de couac majeur à signaler... Les expositions ont été généralement appréciées (avec une mention spéciale pour celle dédiée au managaka Kamimura, encore peu connu du grand public, mais dont les dessins très inspirés de l'art pictural traditionnel japonais sont sensuels et très esthétiques). Des manifestations ont permis de mieux mettre en avant les conditions socio-économiques des auteurs.

Le jury n'a pas choisi la facilité puisque le palmarès a récompensé des albums relativement exigeants, notamment Paysage après la bataille, d'Éric Lambé et Philippe de Pierpont (fauve d'or, prix du meilleur album).

Le Grand Prix de la ville d'Angoulême a été attribué au Suisse Cosey, devant Manu Larcenet et Chris Ware, les deux autres finalistes. Certes, j'aurais préféré que le prix récompense Chris Ware, auteur résolument exceptionnel, mais il est encore relativement jeune et a encore le temps pour être couronné. Et Cosey mérite à mes yeux pleinement son Grand Prix.

Un lecteur qui le découvrirait aujourd'hui pourrait ressentir une certaine déception, percevant mal son originalité. Avec quelques-uns de ses contemporains, Cosey a effet ouvert beaucoup de voies aujourd'hui largement fréquemment. Il faut se remettre en tête le contexte de réalisation de ses grands albums : les premiers Jonathan à partir de 1975), À la recherche de Peter Pan (1983), Le Voyage en Italie (1988), Saigon Hanoï (1992). Quand Jonathan fit sa première apparition dans les pages du journal Tintin, en 1975, et même si cela commençait à évoluer, la plupart des bandes dessinées, notamment dans les pages de l'hebdomadaire pour les jeunes de 7 à 77 ans, étaient soient des séries d'humour, soit des séries d'aventure au sens large (western, policier, action, etc.), riches en rebondissements et en coups de poing (ou de feu).

Cosey, avec d'autres, a montré qu'un récit pouvait être riche sans être trépidant, que les plus grandes aventures pouvaient être intérieures. Jonathan parcourait les montagnes himalayennes sans chercher de dangereux bandits ni même de yéti. Dans ses récits, Cosey prend son temps, laisse la place au blanc et au silence. L'implicite et les non-dits ont une importance rarement rencontrés auparavant. Cosey avait également la particularité de conseiller des musiques à écouter en lisant ses albums, ce qui ouvrait la bande dessinée à de nouveaux horizons. Par bien des aspects, Cosey a donc fait souffler un vent frais sur une bande dessinée franco-belge alors assez confinée dans un confortable entre-soi. À la même époque, d'autres auteurs innovants ouvraient d'autres voies, notamment dans les pages des revues nouvellement créées qu'étaient L'Écho des Savanes ou Métal Hurlant. C'était une époque bien riche pour la bande dessinée franco-belge et Cosey y a contribué.

samedi 31 décembre 2016

Remise en ligne du site consacré à Fabrice Neaud : http://soleille.neaud.com/

SFR, mon précédent hébergeur avait supprimé très cavalièrement tous les sites qu'il hébergeait, sans réelle notification préalable... Le site consacré à Fabrice Neaud avait donc disparu d'Internet depuis plusieurs mois. Heureusement, grâce à l'aide bienvenue d'un de ses amis (il se reconnaîtra, qu'il en soit encore remercié), le site a trouvé un nouvel hébergeur. Il est donc de nouveau disponible ici : http://soleille.neaud.com/ (et très légèrement mis à jour).

dimanche 4 décembre 2016

Marcel Gotlib (1934-2016) est mort

Marcel Gotlib est mort aujourd'hui à 82 ans. Il a incontestablement laissé une marque extrêmement forte sur la bande dessinée francophone. En quelques années, assez resserrées (l'essentiel de son œuvre fut dessinée entre 1965 et 1989), il dessina des œuvres et participa à plusieurs aventures parmi les plus marquantes de la bande dessinée.

Il commença sans fracas, mais déjà avec talent, dans le journal Vaillant (ancêtre de Pif), entre 1962 et 1971, avec Nanar et Jujube, série rebaptisée Gai-Luron quand ce dernier, improbable héros, Droopy hexagonal, prit le premier rôle.

Il rencontra ensuite Goscinny, qui avait bien retenu les leçons d'humour des amis qu'il avait rencontrés aux etats-unis, notamment Harvey Kurtzman, fondateur du magazine Mad. Avec lui, Gotlib créa les Dingodossiers, bijou d'humour délirant, dans un style alors tres détonant par rapport aux séries humoristiques francophones (de 1965 à 1967). Dans une veine similaire, mais qu'il sut très vite adapter à son talent propre, il dessina pendant entre 1968 et 1973 la Rubrique-à-Brac, chef-d'œuvre d'humour "glacé et sophistiqué" (avec quelques superbes touches d'émotion comme lorsqu'il parle de la naissance de sa fille ou de sa jeunesse pendant la guerre). En parallèle, il était un des piliers de l'animation du journal, introduisant un ton décalé avec quelques autres (toujours sous la houlette de Goscinny) dans les marges de Pilote.

Il finit toutefois à se sentir un peu à l'étroit. Il voulait notamment s'affranchir du veto strict de Goscinny concernant tout ce qui touchait à la scatologie ou au sexe. Il créa alors avec deux autres rebelles extrêmement talentueux, Nikita Mandryka et Claire Bretecher, l'Écho des savanes. De 1972 à 1974, ils publièrent ensemble quelques numéros, qu'ils dessinaient quasiment intégralement seuls, à six mains. Las, ils n'étaient pas gestionnaires, L'Écho eut des soucis financiers et Mandryka continua l'aventure seul. Gotlib n'était pourtant pas dégoûté de la presse et créa en 1975 un autre magazine, mais avec un ami pour s'occuper de la partie administrative cette fois. Ce fut Fluide glacial, qui marqua la presse de bande dessinée pendant des années avec un humour bien particulier. Gotlib y accueillit des auteurs expérimentés qu'il appréciait (comme Franquin qui y dessina une bonne partie de ses Idées Noires, ou Forest). Fluide Glacial vit également éclore de nombreux auteurs très talentueux, très inspirés de Gotlib, mais avec de riches personnalités : Maester, Binet, Goossens, Larcenet, Blutch et bien d'autres. Très présent dans les premiers numéros de son magazine, Gotlib se fut, dès la fin des années 1970, de plus en plus discret, pour ne plus signer que les éditoriaux au bout de quelques années. Après une vingtaine d'années d'intense labeur créatif, il pouvait lever le pied : la relève était assurée...

(Avec tout ça, j'ai oublié de citer un de ses héros les plus emblématiques, le seul super héros 100 % Français, Superdupont, cocréé avec Lob.)

mardi 25 octobre 2016

Ego comme X est mort, vive Ego comme X

En surfant tranquillement sur Internet ce soir, j'ai découvert presque par hasard cette déclaration de Loïc Néhou sur le site d'Ego comme x : « Bon... il est temps d’officialiser les choses : voici 5 ans que je ne me salarie plus (au passage, je ne remercie pas le CENTRE DU LIVRE ET DE LA LECTURE en POITOU-CHARENTES) et 2 ans que j’ai arrêté de publier des livres (je ne remercie pas non plus MAGELIS - POLE IMAGE d’Angoulême), je déclare donc que les ÉDITIONS EGO COMME X cessent désormais leurs activités. »

On voyait bien depuis quelques années qu'Ego comme x ne publiait plus autant de livres qu'avant. Certes, cette maison d'édition n'en avait jamais publié beaucoup, privilégiant toujours la qualité (et quelle qualité !) à la quantité. Certes, cela rejoint les difficultés de l'édition de bandes dessinées en général et des bandes dessinées autobiographiques en particulier (dont j'ai déjà parlé sur ce blog), qui étaient la spécialité d'Ego comme X. Mais voir cela écrit noir sur blanc m'a donné un choc.

Les éditions Ego comme x ont commencé très fort. Créées en 1994, elles révolutionnèrent la bande dessinée francophone, avec, à la même époque, L'Association, Fréon et Amok ou Cornélius. Elles regroupaient dans une revue (du même nom) quelques auteurs débutants mais déjà magistraux, Fabrice Neaud, Xavier Mussat, Vincent Sardon, Frédéric Poincelet, etc. Et, pendant leur première décennie d'existence, elles publièrent certaines des œuvres les plus marquantes de la bande dessinée francophone de ces quarante dernières années : les quatre volumes du Journal de Fabrice Neaud et Sainte Famille de Xavier Mussat. Grâce à ces œuvres et à quelques autres, l'autobiographie en bande dessinée francophone a atteint des sommets extraordinaires.

Les éditions Ego comme x avaient donc commencé très fort en publiant des chefs-d'œuvre marquants et en faisant découvrir certains des auteurs les plus talentueux de la fin du XXème siècle et du début du suivant. Elles n'en sont pas restées là et ont réussi à se renouveler : publication de nouveaux auteurs, soit, comme Jean Teulé et Frédéric Boilet, de grands anciens dont les œuvres étaient peu ou mal rééditées (Frédéric Boilet, en plus de voir ses œuvres rééditées, a aussi publié chez Ego comme x ce qui est à mon sens son meilleur album, L'Épinard de Yukiko), des auteurs étrangers (notamment quelques mangakas majeurs comme Yoshiharu Tsuge et Kazuichi Hanawa) ou bien des auteurs plus jeunes, qui apportaient un sens neuf à la bande dessinée autobiographique, comme Simon Hureau ou Lucas Méthé (avec notamment Ca va aller, L'Apprenti et le Journal Lapin). Depuis quelques années, elles s'étaient lancées dans l'expérience des livres imprimés à la demande, évitant ainsi le gâchis des livres retournés à l'éditeur. En 2012, elles avaient commencé à mettre en ligne les blogs dessinés de certains de leurs auteurs, essayant de montrer qu'un "blog BD" n'était pas condamné à la superficialité. En 2013 encore, j'ai découvert grâce à eux une œuvre coréenne très attachante, Histoire d'un couple, de Yeon-Sik Hong

Ego comme x s'arrête. Mais ses livres restent. Merci Ego comme x, merci Loïc Néhou.

mardi 11 octobre 2016

La Lumière de Bornéo, le Spirou de Frank Pé et Zidrou (2016)

Il y a une trentaine d'années déjà, Frank (qui n'avait pas encore ajouté "Pé" à son nom d'auteur) mettait en scène, avec brio et humour, le personnage de Spirou dans ses strips de L'Élan. Il s'empare aujourd'hui du personnage, et de ses compagnons habituels, Spip et Fantasio, le comte et le maire de Champignac, pour un album complet (et même un long album puisqu'il compte 84 pages). Le scénario final est crédité à Zidrou, mais l'histoire est de Frank Pé, qui avait même rédigé une première version du scénario.

Le dessinateur n'a pas hésité à construire son histoire avec les éléments qui lui tiennent le plus à cœur et auxquels il nous a habitués dans Broussaille ou Zoo : moments de bonheur passés à se perdre dans la nature, relation avec les animaux, difficultés de l'adolescence (on est loin des adolescents héroïques traditionnels de ces séries, qui viennent habilement seconder le héros avec leur courage et leur débrouillardise...), etc. Cela débouche sur un Spirou unique en son genre, même si d'autres auteurs, Franquin en tête, avaient déjà introduit monde animalier et poésie dans cette série (tout spécialement dans Le Nid des marsupilamis, un des sommets de la série).

Frank Pé s'est attelé à un défi considérable : montrer, dans le cadre d'une bande dessinée "classique", l'importance du beau (le beau de la nature ou celui de l'art, qui d'ailleurs se rejoignent ici) et de l'harmonie avec la nature et les animaux. Présenté comme ceci, cela peut sembler à la fois très ambitieux et à la limite du gnangnan (au moins pour les esprits grincheux). Pourtant, le pari, bien que périlleux, est, à mon sens, largement gagné. J'ai retrouvé en lisant cet album le plaisir et l'émerveillement qui m'avait saisi à ma première lecture des Sculpteurs de lumière, le deuxième album de Broussaille. Comment donc ? On pouvait raconter en bande dessinée une balade en forêt, un lever de soleil à la campagne, une nuit à regarder les étoiles, le vol des paillons sur les champs en été ? Et sans ennuyer le lecteur ?

Les auteurs abordent donc le monde balisé de cette série sous un angle relativement nouveau ; ils le font toutefois en s'inscrivant pleinement dans la longue tradition du personnage : Spirou roule en Turbotraction, sa maison n'a pas changé (même si son environnement urbain a évolué...), Spirou et Fantasio sont reporters pour Le Moustique (même si cela ne dure pas dans le cas de Spirou) et le comte de Champignac surveille ses champignons. D'autres personnages moins fréquents refont une apparition : c'est bien sûr l'inénarrable Noé, issu de Bravo les Brothers, qui est responsable de la ménagerie de l'album ; et le richissime collectionneur d'art venu du Golfe n'est autre que l’insupportable Ibn-Mah-Zout (Vacances sans histoires).

Contrairement à ce que sa réputation pourrait faire croire, Frank Pé n'est pas seulement le dessinateur de la nature et des animaux. C'est également un excellent peintre de la ville, Bruxelles principalement. Les rues de la capitale belge dans la journée, certains coins plus à l'écart la nuit, et, surtout, l'Atomium, sont également dessinés avec beaucoup de sensibilité (comme on avait pu le voir notamment dans Les Baleines Publiques et La Nuit du chat, deux albums de Broussaille). Frank Pé restitue la poésie de cette ville avec beaucoup de tendresse.

En outre, le récit est situé dans un futur proche (Spirou a pris quelques années et porte des lunettes), ce qui permet aux auteurs de croquer certains traits de notre époque, avec humour et avec la légère exagération permise par cet éloignement temporel. Il faut, pour s'en rendre compte, prendre le temps de se perdre dans les décors et dans les marges : l'État belge est en telle difficulté budgétaire qu'il a vendu l'Atomium, la société semble de plus en plus sécuritaire, une grande pauvreté est apparue dans les rues de Bruxelles. Autre thème cher à Frank Pé, les cadres "dynamiques" pressés offrent un contraste saisissant avec les personnes "normales" (il faut notamment observer le hall des arrivées à l'aéroport, où ce contraste est particulièrement bien dépeint). Les auteurs nous offrent également de réjouissantes satires de l'art contemporain et du journalisme...

Frank Pé parvient ainsi, avec l'aide de Zidrou et de Cerise (dont les couleurs sont très réussies et bien adaptées), à renouveler profondément Spirou, héros bientôt octogénaire (en 2018...), sans en trahir aucunement l'esprit. Un superbe album, qui invite à la rêverie et à la contemplation.

dimanche 7 août 2016

Mort de Richard Thompson, l'auteur du comic strip Cul de Sac

J'avais envie de vous parler de l'excellent strip de Richard Thompson, Cul de Sac, depuis un certain temps. Je ne l'avais pas encore fait, essentiellement par manque de temps. Voilà que la triste nouvelle du décès de l'auteur me rattrape : Richard Thompson est mort le 27 juillet 2016, à 58 ans. Atteint de la maladie de Parkinson, il avait arrêté Cul de Sac en septembre 2012.

Les strips sur de jeunes enfants ont longtemps fleuri dans la presse, notamment états-unienne. Depuis The Katzenjammers Kids (Pim Pam Poum en français) créés par Rudolph Kirks en 1897, plusieurs chefs-d'œuvre de la bande dessinée mondiale sont issus de ce genre : les Peanuts et Calvin et Hobbes aux États-Unis, Mafalda en Argentine, etc. (on pourrait citer d'autres œuvres, européennes, telles que Quick et Flupke de Hergé, mais elles ne relèvent pas du comic strip quotidien à proprement parler). Entre le déclin qualitatif du comic strip de façon générale et cette multiplicité de chefs-d'œuvre déjà existant, il pouvait sembler difficile de renouveler le genre de façon pertinente : Schulz et Watterson n'avaient-ils pas déjà épuisé le potentiel comique de ce type d'histoires ?

Richard Thompson nous a montré qu'il n'en était rien. Avec Cul de Sac, il a publié pendant 8 ans une œuvre personnelle et très drôle, clairement distincte de celles de ses illustres aînés.

Dans Cul de Sac, nous suivons le quotidien d'Alice Otterloop, une fille de maternelle à l'imagination débordante, pleine d'énergie et parfois difficile à canaliser. Ses amis l'accompagnent dans ses jeux et délires de façon plus ou moins consentante. Son frère, Petey est un fan de comics qui a des difficultés à entrer en contact avec le monde extérieur et avec ses camarades. Madeline et Peter, leurs parents, tentent tant bien que mal d'élever leurs exubérants bambins... On retrouve bien entendu certains éléments d'autres strips : Alice a une imagination presqu'aussi délirante que Calvin ; Petey a des difficultés relationnelles comme Charlie Brown. Mais, globalement, Richard Thompson a su trouvé un ton et créer des personnages vraiment originaux. Alice partage ses délires avec ses camarades, quitte à les déstabiliser. Petey a peur du contact avec les autres, comme il a peur du ballon lorsqu'il joue au football...

Le style graphique de Richard Thompson est également unique : très vif, il n'a pas l'aspect plus propre et policé des ses glorieux aînés, et ceci en parfaite adéquation avec sa narration très syncopée et ses personnages souvent au bord de l'hystérie. Cul de sac est vraiment une œuvre originale et très drôle, dans un genre pourtant à la fois très contraint et déjà riche en œuvres majeures.