mercredi 17 novembre 2010

Les romans de Renaud Camus

J'aurais beaucoup aimé connaître déjà l'œuvre de Renaud Camus et les amateurs de celle-ci en 1983, quand est sorti Roman Roi.

En effet, j'imagine que l'effet de surprise fut bien grand, alors. Replaçons-nous dans le contexte de l'époque : Renaud Camus était un jeune auteur, salué par Roland Barthes notamment ; il avait publié quatre « églogues », ouvrages complexes que l'on pourrait assimiler à des romans (et que j'ai évoqué sur ce blog il y a quelques mois) et qui avaient l'ambition, entre autres, de continuer le Nouveau Roman en dépassant les entreprises de celui-ci, un court ouvrage qui développait le concept de « bathmologie » imaginé par Roland Barthes et quelques chroniques homosexuelles (ou « achriennes » selon ses propres termes). Il s'agissait donc d'un auteur ambitieux et difficile, à la pointe de l'avant-garde littéraire de l'époque.

Et en 1983, Roman Roi. Un roman simili-historique qui se déroule pendant la première moitié du XXe siècle, dans un pays imaginaire d'Europe centrale, la Caronie. À première vue, un roman des plus traditionnels : une intrigue amoureuse vécue sur fond d'Histoire (la 2ème Guerre mondiale), une narration et un style parfaitement classiques, des personnages et des analyses psychologiques tout ce qu'il y a de plus « réaliste », au sens le plus balzacien du terme.

Était-ce lié à la volonté de Renaud Camus d'atteindre un public plus large ? de continuer ses recherches littéraires, mais de façon moins frontale ? de développer des thèmes qui lui sont chers (il n'a jamais caché son goût pour les monarchies finissantes, tout spécialement celles d'Europe orientale) ? Probablement un peu de tout cela. Quoi qu'il en soit, Roman Roi inaugurait le versant romanesque de l'œuvre de Renaud Camus. Celui-ci allait en effet continuer à écrire régulièrement des romans, en parallèle aux Églogues et aux chroniques autobiographiques, notamment. Si je veux continuer dans la taxonomie, je pourrais diviser cette œuvre romanesque en trois pans : les romans « romaniens », les « petits » romans (si ma mémoire ne me joue pas de tours, ce sont les termes utilisés pour les qualifier par Flatters, un proche de Renaud Camus) et les romans plus ambitieux.

Renaud Camus a écrit deux romans ayant pour centre le personnage de Roman, roi de Caronie : Roman Roi en 1983 et Roman Furieux en 1987. Ils sont tous deux beaucoup plus riches que ma première description sommaire ne le laissait supposer : sous des abords très classiques, ils continuent à creuser certaines recherches littéraires (le titre du premier l'annonce d'une certaine façon : donner à son premier roman classique, à une époque où certains annonçaient la mort du roman, le titre de Roman Roi, c'est déjà tout un programme), notamment sur le personnage du narrateur dans Roman Furieux ; la langue est, comme d'habitude chez Renaud Camus, exquise ; enfin cela aborde avec beaucoup de subtilité les dilemmes vécus par ces pays d'Europe de l'Est pendant la 2ème Guerre mondiale, alors qu'il fallait choisir son camp entre la Russie de Staline ou l'Allemagne de Hitler... Malheureusement ces deux livres ne permirent aucunement à Renaud Camus d'atteindre un public plus large. Roman Furieux n'eut quasiment aucun écho à sa sortie. Je crois qu'un troisième volume avait été envisagé. Est-ce le cas ? si oui, sortira-t-il un jour ? Je n'en sais rien.

Puis parurent Voyageur en automne en 1992, Le Chasseur de lumières en 1993, L’Épuisant Désir de ces choses (quel titre magnifique...) en 1995 et Loin en 2009 (déjà évoqué ici). Ces romans peuvent offrir une première ouverture vers l'œuvre de Renaud Camus. Agréables et faciles à lire, ils nous offrent une prose de très grande qualité et de nombreuses touches d'humour. Les sujets abordés sont intéressants mais sont abordés de façon moins riche, moins approfondie que dans d'autres ouvrages de l'auteur, son Journal notamment. J'ai tendance à penser qu'ils sont trop inhabituels pour plaire réellement à un vaste public, mais pas assez ambitieux pour constituer des œuvres majeures de Renaud Camus.

En 2003 cependant Renaud Camus a publié un roman capital, L’Inauguration de la salle des Vents. Capital car, cette fois-ci, très ambitieux et totalement original. Il est classé comme roman alors que les récits relatés sont (presque ?) tous des épisodes réels de la vie de l'auteur ; le travail romanesque se situe en fait au niveau de l'agencement de ces épisodes : douze lignes de récits ; onze styles ; chaque paragraphe n’a qu’une seule phrase, qui peut avoir une ligne ou plusieurs pages. Roman extraordinaire, d'une folle originalité, dont de nombreuses lectures ne révèlent pas toutes les richesses...

2 commentaires:

  1. Très intéressante analyse ! Si vous me permettez une remarque sur votre classification des romans de RC, j'aurais tendance à réunir "Voyageur en automne" avec les deux "Roman" ; il me semble que l'ensemble forme une sorte de "trilogie caronienne" très cohérente, avec des thèmes et des personnages communs et de nombreux échos. Je partage votre admiration pour "L'Inauguration", qui est vraiment une très grande œuvre, dans laquelle la démarche formaliste s'accorde magnifiquement avec le propos, ce qui n'est pas toujours le cas dans les œuvres qui refusent de se couler dans le moule du roman classique.

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  2. Effectivement "Voyageur en automne" se déroule Caronie, fait apparaître - brièvement - Roman, et poursuit certains des thèmes abordés dans les deux premiers "Roman". Alors parler de "trilogie caronienne", pourquoi pas ?

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