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jeudi 9 février 2012

Georges et Louis, Tome 6 : Panique au bout du fil, de Daniel Goossens (2006)

Je viens de terminer le 6e (et pour l'instant dernier) volume de Georges et Louis romanciers, série phare de Daniel Goossens et je me suis aperçu que, sauf oubli, je n'avais jamais parlé de cet auteur sur mon blog. J'avais pourtant lu avec beaucoup de plaisir Sacré Comique, publié l'année dernière.

Dans ces deux albums, comme dans le reste de sa bibliographie, Daniel Goossens allie un humour jubilatoire et un dessin d'une époustouflante technique.

Son humour est particulier, très original dans la bande dessinée francophone ; il est axé le plus souvent sur l'absurde des situations, sur le décalage entre les objectifs grandioses, ou grandiloquents, de ses personnages et leurs réalisations dérisoires. Proche parfois du « nonsense » si britannique chers aux Monthy Python, il se rapproche beaucoup d'un humour « glacé et sophistiqué », tel que le prônait à longueur de bandes (comique de répétition oblige) le saint tutélaire de Fluide Glacial, Gotlib himself.

Le dessin de Daniel Goossens est parfaitement adapté à son humour : il navigue entre réalisme et caricature grotesque, dépeignant au mieux des personnages qui passent aisément, comme je l'écrivais plus haut, des ambitions les plus grandioses aux réalisations les plus dérisoires. Le plus frappant cependant est peut-être son utilisation du lavis : il parvient avec cette technique à un rendu des volumes, à des nuances dans le traitement des surfaces qui ont peu d'équivalent en bande dessinée.

jeudi 12 janvier 2012

Godard au travail, les années 60, d'Alain Bergala (2006)

Dans cet ouvrage passionnant, Alain Bergala relate le déroulement du tournage de tous les longs-métrages de Jean-Luc Godard, lors de sa première période à l'intérieur du circuit commercial traditionnel, soit d' À bout de souffle à Week end (qui marqua, pour le réalisateur la « fin de cinéma », comme je le rappelai dans un message en 2010...).

Ce livre m'a appris, ou m'a confirmé, de nombreuses anecdotes, m'a remémoré maints passages marquants de ces films et m'a éclairé, très partiellement bien évidemment, sur le processus créatif du cinéaste suisse.

J'ai ainsi appris que, loin de l'image du réalisateur génial et mégalomane qui fait le désespoir de ses producteurs en explosant les budgets, Jean-Luc Godard, bien au contraire, terminait tous ses films dans les délais et avec un budget inférieur aux prévisions. Cela était notamment rendu possible par un plan de travail précis et respecté d'assez prêt. En effet, contrairement à la légende qu'il s'est efforcé de créer, Godard n'improvisait pas ses films ; les principales séquences étaient programmées et il suivait son plan de travail. Cela ne l'empêchait cependant pas de laisser ses acteurs dans le flou, de ne leur donner leurs dialogues qu'au dernier moment, voire de les laisser improviser (ah, le fantastique « je sais pas quoi faire, j'ai rien à faire... » d'Anna Karina dans Pierrot le fou) ou de leur dicter leurs paroles directement pendant le tournage (grâce à un système d'oreillettes). Toujours inquiet de ne parvenir à avoir suffisamment de film (pour atteindre la durée traditionnelle d'une heure et demie), il se laissait également toujours la possibilité de tourner des scènes de digression, plus ou moins improvisées, reliées de façon souvent lâche à l'intrigue principale, qui peuvent sembler être là pour « meubler » mais qui apportent en fait énormément au charme de ses films (je viens de voir Bande à part dans lequel c'est particulièrement frappant : les scènes de la danse dans le bar, de la course au Louvre ou de la minute de silence, bien qu'éloignées de l'intrigue principale, sont de superbes moments de cinéma...).

Qu'ai-je découvert d'autre ? L'influence sur Godard d’œuvres comme le Voyage en Italie de Rossellini (comment tourner un film avec guère plus qu'un couple et une voiture) ou Le Désert Rouge d'Antonioni, notamment pour l'utilisation de la couleur (ce qui se comprend aisément...) ; l'inventivité de Godard pour surmonter les contraintes techniques rencontrées et en tirer des opportunités artistiques nouvelles (du manque de place pour tourner aux problèmes de pellicules...), et bien d'autres choses encore.

Une passionnante porte ouverte sur le processus créatif d'un des plus grands cinéastes francophones.

mardi 5 juillet 2011

World Trade Angels, de Fabrice Colin et Laurent Cilluffo (2006)

Après le 11 septembre 2001 et l'effondrement des tours jumelles, la vie de Stanley a lentement dérivé... Sa compagne, Marion, est partie. Lui s'isole progressivement et s'enfonce dans un état second, sans travail, sans réelle vie sociale, sans but. World Trade Angels est le récit de cette dérive. La narration n'est pas linéaire, les flash-backs s'enchaînent aux rêves, les méditations solitaires de Stanley deviennent divagations...

Une des grandes forces de cet album provient du style pictographique du dessinateur, Laurent Cilluffo. Ses personnages stylisés, ses formes géométriques pour les décors, quelques à-plats de couleurs, illustrent à merveille la détresse de Stanley et son errance plus ou moins solitaire au milieu des gratte-ciels de New York... Son hiératisme d'une grande élégance confère à cet album une sourde beauté et beaucoup de mélancolie.

En lisant World Trade Angels, j'ai pensé à la Cité de Verre de Paul Auster, qui décrit aussi la dérive progressive d'un individu dans une mégalopole nord-américaine, ainsi qu'à Asterios Polyp, de David Mazzucchelli, autre chronique d'une errance personnelle, utilisant également une mise en image stylisée... Mais World Trade Angels a assez d'originalité et de force pour ne pas être éclipsé par ces comparaisons. Un album atypique qui mérite d'être découvert.